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Entre controverse et réelle avancée, le congé menstruel fait débat.
Mais qui est concerné par cette mesure ?
Qu'en est-il concrètement dans les autres pays ?
Et qu'est-ce qui pourrait freiner l'application de ce dispositif en France ?
Autant de questions qui méritaient bien qu'on s'y arrête un instant.
Congé destiné aux femmes souffrant de règles douloureuses (dysménorrhée), sa durée varierait de 1 à 3 jours par mois et permettrait de s'absenter sans perte de salaire. Telle est la définition qui nous est présentée du congé menstruel.
Mais pourquoi ce dispositif (toujours à l'étude en France) fait-il débat ?
A l'heure où l'on compte pas moins de 8 endogirls sur 10 souffrant de dysménorrhée, ne devrions-nous pas nous réjouir d'une telle avancée?
Mais, n'est-on pas, aussi, en droit de nous interroger sur sa pertinence au regard des difficultés d'application rencontrées par les pays précurseurs ? Et comment ne pas craindre une récupération médiatique de la part de certaines entreprises finalement peu soucieuses du bien-être de leurs salariées ?
Prenons un peu de recul ....
Dernièrement adopté en Espagne (février 2023), il existe pourtant au Japon depuis 1947.
Il y est fait référence dans l'article 68 du Code du Travail Nippon sous la formulation « Lorsqu'une femme, qui expérimente des cycles menstruels douloureux, souhaite disposer d'un congé, l'employeur doit respecter sa demande »
Suivi de près par l'Indonésie (1948), il a cours également en Corée du Sud et aux Philippines.
Le continent africain compte depuis 2015 la Zambie comme pays ayant instauré ce qui est appelé là-bas « la fête des mères ».
Son obtention ne nécessite pas de certificat médical.
Mais le sujet a également trouvé echo au sein de quelques sociétés dont le pays n'a pas encore adopté ce congé.
Pour exemple, l'entreprise indienne de livraison Zomato, l'ONG australienne de défense des droits des femmes Victorian Women’s Trust, suivi du fonds de pension du même pays Future Super.
En France, l'idée fait son chemin et le débat s'invite en entreprise.
Comme toutes premières structures adoptant cette mesure, on peut citer la scop montpelliéraine La Collective, l'entreprise toulousaine Louis, la société de production 2P2L (à la tête de l'émission La Maison des maternelles), ou encore le Parti Socialiste et la Mairie de Saint-Ouen.
Le groupe Carrefour aussi, s'est récemment démarqué en instaurant à compter de l'été 2023 des congés spéciaux pour les collaboratrices atteintes d'endométriose, pour les cas de fausse couche ou lors de parcours à la procréation médicalement assistée (PMA).
Sur le papier, nous avons donc tout lieu de nous féliciter de ces avancées qui viennent répondre à de vraies problématiques féminines.
Fondé sur un même besoin, celui de l'amélioration de la qualité de vie des femmes au travail, le congé menstruel compte de nombreuses disparités en termes de durée et de prise en charge.
En Corée du Sud, ce congé n'est pas payé.
Au Japon, il ne l'est pas toujours : « Seules 30% des entreprises remboursent entièrement ou partiellement ce congé périodique que la loi n'a pas prévu d'indemniser ». Les tabous, la charge énorme de travail et la pression sociale expliquent aujourd'hui que seul 0,9% des employées y ont recours (étude 2020 réalisée par le ministère japonais du travail auprès de 6000 entreprises) ; il est également à noter qu'une prime est accordée aux salariées n'exerçant pas ce droit ! Autant dire que le procédé n'est pas incitatif.
A Taïwan, ce droit est accordé dans la limite d'un jour par mois, mais avec un total de 3 jours maximum par an. (à savoir que son remboursement s'effectue comme les congés maladies, c'est à dire sur la base de demi-journées travaillées)
En Indonésie, la loi prévoyait 1 à 2 jours de congés mais depuis une modification intervenue en 2003, beaucoup d'entreprises n'en accordent plus qu'un, voire aucun, préférant ignorer la loi et laisser les femmes négocier en interne.
Premier pays africain ayant mis en place ce dispositif, la Zambie, grâce aux syndicats notamment, voit ce congé généralement accepté mais des réticences persistent et les employeurs réclament parfois un préavis alors que la loi ne l'exige pas.
D'abord, c'est un sujet tabou !
Alors même que 68% de la population féminine soutient la création d'un congé menstruel* (66% du côté des salariés**), ce même pourcentage de Français estimait en 2021 que les règles étaient un sujet tabou en entreprise***.
Autre problème, le congé menstruel pourrait être un frein à l'embauche ... ou « renverrait l'image que les femmes ne peuvent pas occuper les mêmes postes que les hommes » selon les propos du Medef qui s'avère opposé à cette mesure.
On peut également craindre des effets délétères tels que le renforcement des inégalités salariales, des tensions au sein des équipes ou encore la remise en question du secret médical.
Du côté même des intéressées - depuis trop longtemps fustigées à ce moment précis du cycle - le « sentiment d'illégitimité à en bénéficier » pourrait faire son apparition.
Selon Aline Boeuf, doctorante en sociologie et auteur du mémoire 'Vivre son cycle menstruel dans le monde professionnel' : « c'est l'inquiétude au final qui l'emporte ... : prendre en compte les règles et les possibles douleurs liées à celles-ci n'allait-il pas renforcer les discriminations au travail ? ... beaucoup de femmes voient dans le congé menstruel un argument supplémentaire pour les exclure »
Il existe en effet un risque pour que les femmes, pourtant en souffrance, n'osent pas recourir à ce droit, craignant d'être jugées, mises au placard, ou encore que les relations de travail ne se détériorent (allant ainsi à l'encontre même de l'objectif de cette mesure)
Par ailleurs, la population féminine ne manifestant pas de douleurs pendant le cycle mais souffrant de fortes hémorragies (s'avérant handicapantes et occasionnant fatigue et migraine) ne risquent-elles pas d'être oubliées !?
La communication grandissante autour des maladies féminines (endométriose, SOPK...) et l'avancée des mouvements féministes laissent à penser que les mentalités évoluent et que les entreprises veulent s'inscrire, elles aussi, dans cette dynamique.
Mieux-être au travail, meilleure productivité, amélioration de la relation salariée-entreprise, levée des tabous autour des règles et du cycle féminin, les avantages seraient nombreux ; mais certaines entreprises n'y verraient-elles pas uniquement l'occasion de faire parler d'elles !?
S'agissant de l'enseigne Carrefour, celle-ci ne parle pas de congé menstruel mais 'd'absence autorisée'. Il s'agira notamment d'accorder non pas 12 jours annuels aux femmes souffrant pendant leur règle mais bien de 12 jours uniquement accordés à celles atteintes d'endométriose .
MAIS ... car il y a un MAIS (même plusieurs) ... encore faut-il être DIAGNOSTIQUÉE !
Rappelons qu'il faut en moyenne de 6 à 10 ans avant que le diagnostic de l'endométriose ne soit posé ; ce qui réduit considérablement le nombre de femmes pouvant bénéficier de cette absence (contrairement au congé menstruel qui lui, inclurait toutes les femmes en souffrance)
Par ailleurs - et fait non négligeable - ce dispositif est, au sein du groupe alimentaire, soumis à condition ... : à savoir, la présentation d'un document attestant d'une situation de handicap reconnue par l'entreprise (RQTH : reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, carte d’inclusion ou attestation d’invalidité délivrée par la CPAM)
Or, nous savons pertinemment que seule une très faible minorité de femmes atteintes d'endométriose est reconnue en situation de handicap ; son obtention étant par ailleurs compliquée et relevant d'un accord régional dont on connait les disparités.
Il faut donc être vigilant et vérifier la mise en application RÉELLE et JUSTE de ce dispositif afin que celui-ci ne se résume pas à un effet d'annonce ou simple coup marketing.
Dans le cadre de la 'Stratégie nationale de lutte contre l'endométriose', soulignons que le ministère des Solidarités et de la Santé, s'est engagé en février 2022, à « recenser et valoriser les bonnes pratiques des employeurs accordant des jours de congés, rémunérés ou non, sans justificatif (congé menstruel) ou des aménagements alternatifs : horaires flexibles, espaces de repos, télétravail, temps dédié pour des consultations gynécologiques ».
Et bien qu'actuellement, la loi française n'ait pas instauré le congé menstruel, le gouvernement réfléchit aux moyens à mettre en oeuvre pour faciliter l'engagement des entreprises dans ce dispositif.
Des propositions de loi sont par ailleurs en préparation pour créer ce congé indemnisé, sans jour de carence.
Mais d'autres idées émergent, à l'instar du « Pack de 10 jours », idée émise par Elise Thiébaut (journaliste et autrice de 'Ceci est mon sang') qui consisterait à : « permettre à chacun et chacune de disposer d'une dizaine de jours par an, sur le modèle des RTT, indifféremment selon le genre, l'âge, le sexe et qu'on pourrait partager selon un principe de solidarité. Ainsi le congé menstruel, même pour les personnes non menstruées, ne serait pas une occasion supplémentaire de discrimination et assurerait l'égalité entre toutes et tous »
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Cette mesure accompagne une tendance de fond favorable aux droits des femmes. Une prise de conscience s'opère !
Mais bien que 72% des personnes menstruées de 26 pays différents affirment que cette mesure est appropriée et juste****, sa mise en application, on l'a vu, reste complexe et parfois sujet à controverse.
Aussi, si l'on veut rendre ce dispositif efficace et bénéfique à tous, il doit impérativement s'accompagner d'une évolution des mentalités.
Pour cela, il faut amener la question des règles et du cycle féminin dans les structures scolaires et briser au plus tôt les tabous. L'objectif étant que les jeunes adolescentes/femmes n'aient plus à craindre la discrimination de la part de leurs camarades ou du corps professoral.
Il faut au contraire cheminer vers une réelle considération des personnes et acceptation des troubles ... à l'image du lycée Nervi-Servini de Ravenne (Italie) qui accorde des congés menstruels à toutes les lycéennes souffrant de règles douloureuses.
La thématique progresse dans le débat public. Nous devons encourager cette avancée mais elle ne doit pas faire oublier ou éclipser la nécessité de prise en charge des pathologies féminines, dont l'endométriose. Alors profitons de cet intérêt médiatique et gouvernemental pour nous faire entendre !
Cet article t'a plu !? De nombreuses heures ont été nécessaires à sa rédaction, aussi n'hésite pas à le partager et ainsi faire avancer le débat.
Amicalement
Dô
*IFOP pour Eve and Co 2021
** lFOP octobre 2022
*** OpinionWay 2021
****Womanizer auprès de 470 personnes menstruées venues de 26 pays différents
AFP - Site du ministère des Solidarités et de la Santé
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